« 6 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 257-258], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11629, page consultée le 24 janvier 2026.
6 mars [1844], mercredi soir, 5 h. ¼
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher amour, bonjour mon pauvre enrhumé.
Comment vas-tu ce matin ? Comment vonta
ton nez et ta gorge ? Le petit remède de cette nuit t’a-t-il fait du bien ? Je serais
bien heureuse si tu venais m’apporter des réponses satisfaisantes à toutes ces
demandes. Je n’espère pourtant pas te voir d’ici à ce soir. Tu es si occupé et si
préoccupéb que c’est à peine si
tu penses à venir auprès de moi après minuit.
Je ne t’en veux pas mais je trouve
cela triste. Allons, allons, je ne veux pas recommencer mon antienne quotidienne.
Je
veux aujourd’hui que les jours se suivent et ne se ressemblent pas, du moins en ce
qui
concerne la mouzonnerie. Nous verrons si cette
bonne résolution tiendra contre toute une longue journée d’attente. Je n’ai pas
beaucoup plus de confiance dans la stabilité de ma résignation que dans le soleil
qui
reluit dans ma chambre dans ce moment-ci et qui sera suivi d’une effroyable giboulée
de grêle tout à l’heure. J’ai bien peur que ma giboulée ne se fasse pas attendre plus
longtemps que celle du bon Dieu.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous adore, vous saurez cela. Si cela vous déplaît, j’en suis fâchée, mais
cela sera comme cela jusqu’à la consommation de votre Juju et des siècles. Ainsi soit-il de vous, scélérat. Baisez-moi, je vous
aime.
Juliette
a « va ».
b « préocupé ».
« 6 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 259-260], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11629, page consultée le 24 janvier 2026.
6 mars [1844], mercredi soir, 5 h. ¼
Quel rhume, mon pauvre bien-aimé, je te plains de toute mon âme. Je voudrais pour
tout au monde pouvoir te l’ôter et le prendre pour moi. Ce ne serait qu’une occupation
pour moi qui n’ai rien à faire tandis que pour toi, mon pauvre ange, c’est une
souffrance et un surcroît de fatigue. Le bon Dieu devrait permettre ces échanges-là.
De cette façon le dévouement ne serait pas le plus souvent inutile ou un vain mot.
Depuis que tu m’as quittée, mon cher bien-aimé, j’ai reçu mon linge, je l’ai
rangé et je t’ai préparéa ta petite
bouillotte au coin du feu dans le cas [où] tu voudrais boire un peu
d’eau sucrée. Tu as bien fait d’acheter un jujube1
quelconque.
Je regrette de ne t’avoir pas indiqué la pâte de guimauve ou de
réglisse, ce sont les deux béchiques2 les
plus doux et les moins échauffants pour la poitrine. Le jujube proprement dit n’existe
qu’à l’état de colle à bouche vu la probité des marchands en général et des
apothicaires en particulier.
Je t’aime mon Victor, je te plains, je pense à toi,
je te désire et je t’adore. Tâche de ne pas venir trop tard, tu me combleras de
bonheur sans calembourb3 .
Juliette
1 « Pâte faite avec le suc de ce fruit, souvent utilisée comme traitement contre la toux ».
2 Remède pectoral.
3 Juliette joue sur le rapprochement dans sa phrase entre « trop tard » et « bonheur » ou « bonne heure ».
a « préparée ».
b « calembourg ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
